En sortant de l’hôtel soviétique, en attente du signal GPS, nos voisins, les flics, se proposent de me mettre sur la route. C’est donc sous la protection du gyrophare de ces braves pandores que nous mettons le cap au Nord, confiants dans notre timing car la veille la qualité de la route nous permettait d’espérer sortir rapidement du Kazakhstan, direction Russie.Nous avons vite déchanté… un peu abîmée au départ, cette route « Nationale » s’est vite transformée en le pire cauchemar que puisse rencontrer un motard. Trous énormes d’abord, ornières longitudinales, graviers, sable, déformation de tous ordres, un vrai catalogue des pièges possibles et imaginables, le tout agrémenté de semi remorques, cars, tracteurs, voitures, parfois pourris, parfois filant plus vite que nous, derrière, devant, en face, dans des nuages de poussière bloquant toute anticipation… Dantesque n’est plus un mot, pour nous il devient réalité. 40, 50 km dans l’heure, en se faisant secouer au point de croire qu’à chaque bosse, trou, la moto pouvait se détruire, voilà ce que nous avons affronté. Il n’y a pas vraiment de mot qui puisse décrire cette route.Concentrés sur toutes ces difficultés, nous n’avons guère eu le temps d’admirer le passage. Le temps des arrêts permet de mesurer parfois la beauté brute de ce pays où la nature semble intacte, peu de cultures, aucune clôture à l’horizon.
Vers midi, nous abordons, sans le savoir, les 50 km les plus pénibles que nous aurons rencontrés depuis le départ du voyage. Vous connaissez la tôle ondulée que l’on rencontre sur les pistes ? En terre, en gravier, en sable, elle est courante, notamment sur les pistes africaines fréquentées par une circulation importante de poids lourds. Il suffit bien souvent de trouver la vitesse adaptée à l’onde pour que tout se passe bien, en général 60 km/h. Et bien, au Kazakhstan, ce sont des routes en enrobée au départ qui, déformées par les poids lourds chargés au delà du possible qui se transforment en tôle ondulée. Imaginez 50 km sur lesquels un ingénieur malade aurait implanté des ralentisseurs de 10 cm de haut, de 50 cm de large,espacés de 3 m. A coup sûr vous obtenez la forme ultime de torture pour les mécaniques et pour les muscles du dos du pilote.
Franchis ces 50 km, quasiment deux heures plus tard, nous nous posons dans la cour d’un hôtel situé dans un des rares villages existant le long de cette route. Stop ou Encore ?Stop ! Un énorme 4×4 , flambant neuf, entre dans la cour et se pose à côté de nos motos.En descendent 4 gaillards, dont un qui parlant anglais, s’adresse à nous. Questions traditionnelles … « de quelle nationalité, vers où allons nous, pourquoi »… Et pour moi spécifiquement « quel âge ? » Je réponds « 25 ans » en faisant référence à la moto, ce qui les fait bien se marrer. Il retourne en référer à celui qui semble le boss de l’équipe et revient vers nous pour nous inviter à le suivre à l’intérieur, pour un thé pensons nous.Nous nous retrouvons 5 mn plus tard un peu rafraîchis, à une énorme table occupée par 5 ou 6 costauds. Et on nous sert un repas traditionnel kazak ! Toujours par l’intermédiaire de son traducteur, nous échangeons sur le pays, sur leurs activités, les nôtres. On apprend qu’ils gravitent dans le monde des chevaux, le boss en possédant…10.000, non il n’y a pas d’erreur de puissance de 10.Quelques minutes plus tard, ils nous proposent de nous faire découvrir les alentours et leur exploitation. Et nous voilà partis dans l’énorme Toyota Toundra, jamais vu en Europe, pour une visite mémorable.
Le parcours d’une heure nous fait découvrir des paysages insoupçonnées que nous ne pouvions imaginer depuis notre tracé de route principale. Vallonnés, couverts d’une herbe rase mais très drue, sans aucune clôture, à l’infini. J’avais imaginé de tels paysages en Mongolie mais à aucun instants dans ce pays qui respire l’authenticité, la Nature brute, originelle, aucune clôture…
Enfin nous arrivons au village que nos hôtes tiennent à nous faire visiter et en premier lieu dans une fabrique de miel, selon eux le meilleur au monde. Nous visitons le laboratoire de production ultra moderne, un peu décalé dans les constructions rudimentaires qui nous entourent. Nous rencontrons l’ensemble de l’équipe de production et concédont de bon coeur à l’inévitable photo souvenir. Nous repartirons chargés de superbes pots de miel, qui je l’avoue, est effectivement le meilleur qui m’ait été donné de goûter. Il restera à trouver une solution pour caser ces pots et les ramener. J’en connais quelques unes qui sauront l’apprécier si par chance j’arrive à les ramener en état.
Ça pourrait s’en arrêter là, mais le reste de l’après midi nous a encore réservé d’autres surprises.Nous avons été invités à goûter le traditionnel lait de jument, puis de chamelles, non sans avoir été prévenus que nos organismes peu coutumiers de ce genre de breuvage pouvaient « mal réagir », immodium wanted. Il n’en fût rien, et tant mieux.
A peine sortis de là, nous avons été invités à « prendre un thé » dans la « maison » du frère de notre hôte.En guise de maison, ce fût un véritable palais en bois, superbe de qualité, situé au fond d’une vallée où coule une rivière de montagne. Un lieu réellement féerique. Le salon de cette propriété est absolument fantastique, plus de 200 m2, une dizaine de mètres sous plafond, une véritable cathédrale de bois, meublé de pièces artisanales kazak sublimes.

En guise de thé, on nous proposa des compotés de fruits, framboises, fraises, mûres, aux parfums extra. Nous eumes les plus grandes difficultés à refuser l’invitation qui nous fût faite de passer la soirée et les jours suivants dans ce véritable palais en pleine nature. Tout autour de cette propriété, de nombreuses yourtes, dans un décorum et un luxe que nous sommes plus près de revoir je pense.
Pourquoi cet accueil, avoir passé autant de temps pour nous 4 ? Simplement ces personnes sont fières de leur pays, tiennent absolument à le faire connaître, partager.Sincèrement ? Oui, ça a fonctionné. J’attendrai juste 2 ans pour que les routes en cours de construction soient terminées, car, nom de dieu, plus jamais ça !

La route, monotone pour le plaisir de conduite, est toutefois bien agréable sur le plan des paysages traversés. Les 150 derniers km nous font grimper à 1000 m, montagnes aux couleurs chaudes mêlées au vert de la végétation. Sur ces 150 km, chacun roule à son rythme et les interdistances se creusent. Je me mets à imaginer ce que ressentent ceux qui voyagent seuls, un sentiment d’absolue liberté qui se mélange à la crainte d’une panne bête, seul dans ces longues étapes. Il faudra que j’essaie ça, un jour. Pour l’instant, nous nous retrouvons à l’entrée de Taldigourdan pour refaire les pleins et rechercher notre point de chute.Nous le trouverons à l’entrée de cette ville de 110.000 hbts, ce qui nous évitera de la traverser encore ce soir.L’hôtel fait dans le sordide des vieux bâtiments soviétiques et, même s’il a dû connaitre ses heures de gloire, ce qui en reste n’a vraiment rien de charmant. Et quand vous demandez le code Wifi, les yeux s’écarquillent, une première dans ce pays. Bref, vous n’aurez donc ce message que … plus tard. 22 h 15, je mets les boules Quies… réveil à 6 h demain, direction Nord
Passage au change, 70 €. L’essence n’est pas chère, il reste juste à éviter de se faire plumer car, paraît il, la police a aussi de mauvaises habitudes ici.Et la route, en bon état défile. Nous essayons de respecter les limitations (100 km/h), en se faisant doubler par des avions qui passent à 50 cm de nous à 140. Je calcule dans ma tête le kilométrage nous séparant de la Mongolie : environ 2000 km, on devrait y parvenir dans les délais (le 28 au plus tard) sans trop de problème.Et c’est à ce moment que la bavaroise se remet à faire des siennes… Une concession BMW existe à Almaty … Nous y filons, presque à tout hasard. Rendez-vous est pris pour le lendemain 9 h. Pour l’heure, il nous faut trouver de quoi nous loger. Sur les conseils du réceptionniste du garage, nous débarquons à « l’hôtel motard » qu’il nous a indiqué.Endroit surréaliste en banlieue assez populaire, c’est en fait un ensemble qui intègre un garage Pro, un garage particiatif, un magasin de pièces détachées, un dortoir, et un pub. Le logement y est spartiate, les communs dignes du moto club de l’APM, avant ! Mais l’accueil et l’ambiance sont au rendez-vous, donc nous nous entassons dans ce dortoir ou dort déjà à 18 h, un motard, dont nous ne connaîtrons jamais la nationalité. Fatigué ? En pleine récupération après la fête ? On n’en saura rien.Petit buibui pour casser la croûte et au pieu … juste à monter sur la couchette du haut sans se vautrer




















Première partie de route où l’on réapprend les trajectoires… Depuis le temps que l’on va tout droit, au début ça surprend. Le paysage est superbe, juste gâché par les innombrables pylônes qui envahissent les montagnes. La gopro devrait nous donner des images. Au détour d’un arrêt photos, un routier nous rejoint ; il s’est arrêté juste pour nous saluer et observer les motos.Dans les montées à 12 % sur des kilomètres, nos bécanes s’amusent à déposer les convois de semi qui marchent au pas. On atteint 2200 m et on bascule. Un petit arrêt syndical (comme tous les 100 km) …et la bavaroise refait des siennes. Plus de peur que de mal cette fois, ce n’est qu’une cosse deserrée, Mickey souffle de soulagement. Vingt kilomètres plus loin, l’électronique annonce une crevaison… juste pour l’achever.La route est correcte, nous achevons nos 330 km du jour pour nous présenter à la frontière avant la fermeture de 17 h.Puis ce sera quelques km de bouchon à remonter pour trouver le garage de demain et surtout une belle galère pour trouver un hôtel.




